mardi 27 mai 2014

Comment peut naitre l'Espérance dans le sacrifice d'une âme innocente sur l'autel de l'Amour du Père?

J'ai appris une triste nouvelle aujourd'hui et j'ai cherché un endroit pour me recueillir, j'ai choisi ici si ça ne t'embête pas, car ici je me sens libre d'exprimer ce que je ressens.
Je voudrais rendre un hommage à une jeune personne, partie trop jeune, emportée par la maladie, une de "mes petits protégés", pour qui je dois rester vigilant dans mon travail, mais qu'inévitablement je porte aussi dans mes prières et dans mon coeur.
J'ai été très affecté par cette nouvelle, et pourtant ma Foi me porte à espérer. J'entends souvent les gens dire "si Dieu existait, il ne laisserai pas ces choses se produire". Et pourtant je sais que non seulement Dieu existe, mais que si ces choses arrivent c'est que cela fait partie du plan de Dieu...
Alors pourquoi ? Je ne peux trouver d'autres sources de réponses que l'Amour lui même, cet Amour infini de Dieu pour ses enfants, tous ses enfants.
Dans "l'Evangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta, j'ai retenu une leçon : Dieu destine certaines âmes à une action co-rédemptrice. Ainsi l'innocence offerte sur l'autel de l'Amour du Père participe à l’œuvre du Salut et chacune de ces pertes apparente, est finalement un gain pour tous.
Cela n'a bien sûr de sens que si la Vie est bien, comme nous l'a confirmé le Christ, éphémère en comparaison de celle qui nous attends à ses côtés.
Seule une grande Foi et une Espérance soutenue par la grâce peuvent nous ouvrir cette perspective, mais lorsqu'elle est ouverte, le Père nous invite à contempler son œuvre d'Amour : chacune de ces âmes brillera au ciel comme une étoile au firmament, un joyau sur la couronne de la pureté, un délice pour le Très - Haut.
A cette étoile viendra se joindre celle des parents qui auront su, rester patients dans la douleur et continuer à aimer le Père dans l'espérance des retrouvailles.
Non la souffrance consentie avec Amour n'est pas vaine, chaque larme versée sera recueillie par un Ange et posée comme une offrande d'Amour devant le Créateur, en réparation des offenses innombrables faites au trois fois Saint.
L'Amour; est si précieux qu'il ne laisse aucune place à l'absurdité : "chacun des tes cheveux son comptés".
Et pour nous confirmer dans notre Foi, le Christ s'est offert lui même en sacrifice, et de ce sacrifice surgit le Salut.

"Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés"
Adieu Alison, entre dans la Joie de ton Maître.

dimanche 27 avril 2014

Ferveur

Les posts précédents avançaient l'idée que, d'une part, nous ne pouvons être que dans la croyance en ce que nous considérons être "la réalité" au sens où le savoir n'est jamais qu'une croyance d'ordre supérieur car collective et basée sur une méthode... qui fait foi ;-).

D'autre part, j'ai tenté d'attirer l'attention sur l'importance d'attribuer au Ciel auquel nous adressons nos prières une réalité aussi vive que celle que nous donnerions à un cobra dressé face à nous sans nous laisser influencer par le credo scientiste qui entend distinguer réalité et métaphysique.

Le Ciel n'est peut-être pas sur Terre ou dans les manuels de science, mais il peut et doit être la réalité du croyant bien plus sûrement que ce monde mondain qui passera et dont il ne restera pas pierre sur pierre.

Autrement dit, la prière n'est pas du rituel, n'est pas dans l'ordre symbolique, elle ne s'adresse pas à des "images", à de simples "représentations" de sorte qu'elle n'a pas, et c'est le plus important, à être dite avec le sentiment du devoir, encore moins du devoir accompli.

Une prière n'est pas un devoir, elle est une prière, ce qui veut dire que, quelle qu'en soit l'intention, elle doit être ressentie, vécue, éprouvée avec intensité, avec un sentiment de pleine actualité, voire d'urgence.

Loin de toute litanie, loin de la récitation de l'enfant soumis (cf. l'Analyse Transactionnelle) qui fait ce qu'on lui a dit de faire, la prière est la vraie demande sincère et fervente de l'enfant libre adressée de tout son coeur à l'Etre qui, sans l'ombre d'un doute, a le pouvoir de changer le cours des choses pour nous exaucer.

Quand la ferveur est là, la prière coule  comme une rivière dans un lit dégagé car elle balaye tout ce qui pourrait l'entraver alors que lorsqu'elle faiblit ou fait défaut, n'importe quoi pourra faire obstacle, que ce soit des pensées parasites qui nous ramènent vers le monde ou l'appel du sommeil qui, insensiblement, tirera ces pensées parasites vers le rêve.

La ferveur c'est l'énergie qui nous anime et que nous consacrons à la prière. Il importe qu'elle vienne en abondance, que nous soyons généreux dans ce qui n'est rien d'autre qu'un "sacrifice". D'où l'importance de se mettre véritablement en présence de la réalité vers laquelle nous nous tournons, d'où l'importance de le faire à une heure propice, avant que la fatigue ne vienne tarir le cours de notre prière et lui retirer son indispensable ferveur.

dimanche 13 avril 2014

Le tridum pascal comme un sommet

Lors d'un échange récent avec un ami prêtre, celui-ci m'a, à brûle-pourpoint, demandé si j'allais faire le tridum pascal.

Je ne savais même pas ce que c'était.

Il m'a alors expliqué très rapidement, mais avec une ferveur palpable, que c'était les jours les plus précieux de l'année liturgique.

Ce que j'en ai compris, c'est que chacun est invité à accompagner le Christ dans son abandon total à la volonté du Père, dans son amour sans limite pour les hommes, dans son consentement au sacrifice de soi absolu, dans une descente aux enfers et une mortification poussée jusqu'au néant, et cela tout en gardant foi dans le Père, dans sa promesse de résurrection et de vie éternelle.

La passion avec laquelle il m'en parlait était  communicative, mais je ne pouvais pas ne pas la ressentir comme étant bien au-delà de mes capacités (je me suis senti  comme "provoqué" et assez mal à l'aise car tellement en dessous de l'idéal, tellement éloigné d'un tel lieu).

C'est comme si un ami me parlait de sa conquête de l'Himalaya ou simplement du Mont-Blanc.

Je pourrais l'écouter avec la plus grande attention sans jamais perdre de vue que mon état de forme physique étant ce qu'il est, ce voyage n'est pas pour moi.

Ma conviction est que pour vivre le Tridum, comme pour escalader des sommets ou simplement jouer du violon avec bonheur, il est nécessaire d'avoir une longue et patiente éducation qui, c'est bien clair, me fait encore défaut.

Je le vois bien avec la modeste prière qui chaque jour me met à l'épreuve et me fait prendre conscience de mon insigne faiblesse tant il m'est difficile de simplement tenir mon esprit fermement orienté vers le Ciel et de ne pas le laisser s'égarer dans les méandres de la pensée mondaine.

Le tridum pascal me paraît un sommet immense.
Dorénavant je le vois, il est émerge au-dessus des brumes de ma méconnaissance mais je sais aussi d'emblée une chose : je ne pourrai y venir qu'en bonne compagnie, porté par une dynamique de groupe qui me donnera la sûreté (de sens), la constance et la ferveur nécessaires pour traverser cette épreuve.

J'imagine que c'est ce qui est proposé à Paray le Monial.

Quoi qu'il en soit, je  n'en suis pour le moment qu'à une modeste marche d'approche.
Modeste parce que prodigieusement lente.
J'espère que l'urgence des temps ne m'obligera pas à presser le pas.
En même temps, vu la tournure des évènements, je doute fort d'avoir longtemps le loisir de marcher à mon rythme.
Il ne me reste donc qu'à m'en remettre...
A la grâce de Dieu !


dimanche 16 mars 2014

Bonne nouvelle !

Une fois admis qu'il ne saurait y avoir  deux ordres de réalité indépendants, l'un objet du  religieux, l'autre objet de science, une fois admis donc que nous n'avons pas à être schizophrènes et qu'il n'existe pas de preuve scientifique de l'inexistence des réalités auxquelles les croyants s'adressent alors même qu'il existe par ailleurs une multitude de faits (dont, par exemple, certains ont été recensés par Didier van Cauwelaert dans son excellent "Dictionnaire de l'Impossible") qui contrarient frontalement les postulats scientifiques les plus fondamentaux, nous nous trouvons face à une alternative assez enthousiasmante puisque quelque direction que nous prenions, l'approche scientifique ou l'approche spirituelle, nous nous approcherons d'une seule et même réalité, quelle que soit l'apparente opposition des perspectives au travers desquelles nous tentons de l'appréhender.

Autrement dit, la prétention de la Science à se tenir absolument au-dessus de la croyance est vaine car seulement relative et jamais absolue. Que nous le voulions ou non, nous sommes croyants en quelque chose. Tous les humains se trouvent donc dans un même espace (de croyances) visant une même réalité par deux voies qu'il n'y a plus à opposer et qui, au contraire, peuvent opérer en synergie dès lors que tout dogmatisme a disparu.

Ce constat nous permet de comprendre que derrière la démarche non pas scientifique (trop rare) mais scientiste (la norme) qui consiste à affirmer frauduleusement le pouvoir de l'Homme d'accéder à la réalité en toute objectivité,  en dehors de toute croyance, il y a une volonté de puissance qui vise à faire disparaître l'idée même de transcendance ou de plan divin.

En effet, la vision "humaniste" n'est (sou)tenable qu'en excluant tout ce qui vient lui faire obstacle et, en tout premier lieu, les limites inhérentes à toute démarche de connaissance, c'est-à-dire, encore une fois, le fait que celle-ci ne peut être entreprise qu'à partir d'un état de non-connaissance, d'absence de certitude, et donc, à partir de postulats qu'on se donne, auxquels on croit et qu'on s'empresse de considérer comme des vérités de toute éternité parce qu'envisager le contraire obligerait à reconnaître la vanité de l'effort pour accéder à une vérité absolue et non pas seulement relative à un état antérieur de connaissance nécessairement limité.

Un bel exemple de cette prétention nous été donné récemment par Rupert Sheldrake qui rappelait que ces fondamentaux de la science physique que sont les "constantes" cosmologiques et autres ne sont constantes que parce que nous voulons les croire telles et que nous ne disposons d'aucune preuve nous assurant de ce qu'il en va bien ainsi, de sorte qu'il nous faut inévitablement imaginer et accepter la possibilité que lesdites constantes puissent varier et dans le temps et dans l'espace.

Force donc nous est d'être modeste, mais pas avec cette fausse modestie du chercheur qui, bien que (supposément) conscient de ses limitations actuelles, s'inscrit de fait dans une perspective où le potentiel technologique et scientifique de l'Homme ne rencontre a priori aucune limite vis-à-vis d'un Univers réduit à sa seule dimension matérielle.

Comme l'a si bien dit Heidegger, l'Homme arraisonne la Nature. Selon la formule de Descartes, il se veut "maître et possesseur" de la Terre et, au-delà, de l'Univers, s'affirmant par là comme résolument oublieux de -- ou  hostile à -- la possibilité du Ciel, c'est-à-dire, la possibilité d'un plan surnaturel, métaphysique, spirituel, divin, etc., vis-à-vis duquel il puisse dépendre et, de manière ultime, avoir des comptes à rendre.

C'est bien la posture cultivée par l'humanisme, la science, la révolution et la république maçonnique dans laquelle nous vivons qui, lentement mais fermement nous amène à la possibilité d'un Nouvel Ordre Mondial en détachant radicalement l'Homme de toute métaphysique, en le coupant du plan divin par un déni systématique de tout ce qui ne passe pas sous la coupe réglée de la pensée rationaliste à postulats mécanistes et naturalistes.

Reconnaître que même dans le cadre de la science nous ne pouvons échapper à la croyance -- au sens où les représentations auxquelles nous "adhérons" dépassent toutes plus ou moins largement la somme des faits sur lesquelles nous voudrions les croire intégralement basées -- a une vertu libératrice en nous permettant d'emblée de regarder par delà l'horizon du "parc humain" assez infernal dans lequel "les puissances de ce monde" s'efforcent de nous confiner.

Cesser de croire en l'idéologie scientiste nous permet d'ouvrir les yeux et de découvrir la grâce que constitue le fait de vivre dans un monde qui ne se borne pas à l'étroit périmètre de la pensée calculante.

Instantanément nous nous retrouvons partie intégrante d'une réalité vis-à-vis de laquelle tout redevient possible, pour autant que nous ayons un tout petit foi, en nous et en un monde où, loin d'être opposés, la Terre et le Ciel se trouvent à nouveau réunis.

Comme disait  Jésus : "si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne: Transporte-toi d'ici là, et elle se transporterait; rien ne vous serait impossible."

Moi j'appelle ça une bonne nouvelle :-)





samedi 21 décembre 2013

Réunir le Ciel et la Terre.

Quelques mots sur l'article précédent.

Il est loin de me satisfaire mais c'est la première étape d'un cheminement annoncé depuis pas mal de temps que je vais tenter d'esquisser à présent car rien ne vaut une vue d'ensemble.

Ce à quoi  je voudrais arriver c'est grosso modo ceci : la prière ne peut limiter à une litanie, une récitation que l'on accomplit pour satisfaire à des obligations. Si je ne me trompe, ce serait du pharisianisme.

La prière n'accède à sa plénitude de sens (et on ne saurait viser rien moins que cela) que si on a l'esprit tourné vers une réalité et non une image, une représentation, un symbole, cad, quoi que ce soit qui ferait seulement signe vers une "idée" et qui donc supposerait une distance.

C'est, je crois, précisément pour cette raison qu'il nous est généralement recommandé de nous "mettre en présence" de l'Etre à qui nous adressons notre prière.

Mon objectif est simplement d'aider à comprendre l'importance de cette recommandation, cad, l'importance qu'il y a à vivre sa prière dans un sentiment intégral ou absolu de vivre ou d'être dans la réalité qui s'y dit et de ne surtout pas rester dans la schizophrénie que peut si facilement induire le monde sécularisé par le scientisme antireligieux dans lequel nous vivons.

Il y a certes à distinguer le Ciel et la Terre mais nous ne sommes pas pour autant ici-bas  dans une réalité que la Science pourrait régenter en laissant les croyants se contenter d'une métaphysique qui ne pourrait être que personnelle.

Jusqu'à preuve du contraire, il n'y a pas deux ordres de réalité.

La Science n'a en fait rien à dire de l'Au-delà à part qu'elle a fait le choix de ne pas s'y intéresser.
Partant, nous croyants avons à résister à la tentation de suivre l'air du temps et donc à nous efforcer de tenir le Ciel et la Terre ré-unis dans une seule et même réalité, celle que précisément la prière peut nous aider à rendre plus présente.

Voilà donc le but de ma démarche actuelle : éclairer l'enjeu  qui peut se formuler comme "vivre dans la réalité ou vivre dans la fiction du temps présent".

La prière est la voie royale pour nous ramener à la réalité, mais encore faut-il en faire le choix délibéré et conscient. Aucun suivisme, aucun conformisme, aucun "ritualisme" ne peut ici faire l'affaire.

C'est tout notre être qui doit se trouver engagé lorsque  nous sommes en prière. Un peu comme lorsque nous nous trouvons tout à coup face à un serpent prêt à mordre. Il n'y plus aucune distance, la réalité est là et nous saisit complètement.

Par contre, lorsque confortablement installé dans un canapé, nous contemplons une photo du même serpent, la réalité n'est plus aussi présente. L'image, le symbole, nous permettent de l'évoquer, ils nous relient à elle mais le fait est aussi qu'ils se tiennent entre elle et nous. Comme la meilleure et la pire des choses, ils peuvent aider mais aussi faire obstacle à sa présence.

Est-il possible de définir ce qui caractérise l'état de "présence" à la réalité ? Je le crois.

Bien sûr, je pense seulement ici à la disposition psychologique de celui qui prie. Je ne saurais avant longtemps me risquer à la théologie :-).

C'est, quoi  qu'il en soit ce vers quoi  j'ai l'intention d'aller dans les posts à suivre...

samedi 14 décembre 2013

La réalité, on y croit !


Comme des poissons dans l’eau, nous baignons dans les représentations collectives du temps présent. Nous les absorbons sans y penser et il nous semble tout naturel de penser que ce qui est du domaine de la foi n’est pas de l’ordre de cette réalité dont la science prétend nous dire le fin mot. *
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Rien n’est plus mensonger et pourtant c’est ce qui se dit et même s’enseigne ici et là comme une conquête majeure de l’esprit humain : le dépassement de la croyance par l’accès au savoir et à la connaissance.

Il y a dans ce discours une prodigieuse naïveté qui consiste à croire que le dépassement de l’imperfection et de la subjectivité des points de vue individuels par la méthode scientifique permettrait, très officiellement, de « toucher au réel » et de nous donner ainsi accès à des connaissances patentées, objectivées, vis-à-vis desquelles nous serions dans une relation de savoir et non de croyance.

Il faut y insister : ceci n’est qu’une croyance, non un savoir. Il n’existe aucune démonstration scientifique de la chose. Tout au contraire la philosophie de la connaissance amène à l’idée que la réalité ultime conçue comme étant au-delà de l’apparence ne peut pas être atteinte par ceux qui, précisément, n’ont accès qu’aux phénomènes.

N’étant pas dans « l’œil de Dieu », nous ne pouvons prétendre « toucher au réel » et détenir un quelconque savoir qui serait une représentation vraie de la réalité. Par conséquent, nous ne pouvons avoir que des croyances. Le fait que certaines d’entre elles — parce qu’elles sont collectives et méthodiques, c’est-à-dire, issues de la pratique scientifique — nous apparaissent plus valables que d’autres ne change rien à l’affaire.

Ce que nous appelons le « savoir » n’est, en dernière instance, que l’objet d’une croyance collective en la validité des données, représentations et modèles auxquels se réfèrent actuellement les scientifiques. L’efficacité apparente de ces représentations et modèles ne constitue pas la preuve logique ou nécessaire de leur vérité : nous ne pouvons venir à cette idée que par induction ou abduction mais pas par déduction. Dès lors c’est seulement par un raccourci de pensée que nous sommes portés à croire en (la validité de) ces modèles et ces représentations. Epistémologiquement, c’est une attitude complètement illégitime. Humainement, c’est la chose la plus naturelle du monde.

En somme, la réalité à laquelle nous croyons accéder grâce à la science est une construction sociale opérée par une communauté de chercheurs à une époque donnée, la nôtre. De sorte que l’effort présomptueux visant à dépasser la simple croyance pour accéder au savoir nous oblige, de façon assez schizophrénique, à fermer les yeux sur le fait que dans un mois, un an ou un siècle nous aurons remplacé la représentation actuelle à laquelle nous nous accrochons par une autre, plus... crédible :-). D’une certaine manière donc, nous ne voulons pas savoir que notre savoir n’est qu’une croyance du temps présent !

Comme nous l’a si bien fait comprendre le philosophe Karl Popper, les seules certitudes que la science nous offre, c’est la fausseté de telle ou telle conception après qu’elle ait été réfutée par l’expérience. Hormis cela, tout n’est qu’hypothèse plus ou moins bien corroborée mais jamais « prouvée ».
Songeons ainsi que nous ne savons toujours pas expliquer la gravitation. Nous avons certes des hypothèses, des modèles, nous pouvons étudier le phénomène avec une extraordinaire précision, mais nous n’avons pas mis le doigt sur sa cause.

Or, combien de scientifiques sont conscients de ce fait ? Combien pensent encore que la loi de Newton a réglé la question alors qu’à peine énoncée, des philosophes comme Locke savaient déjà pointer sa complète circularité ? L’idée d’attraction universelle n’explique rien en effet, elle n’est que le phénomène lui-même réifié en cause.

« Savoir » que les corps s’attirent en fonction de leur masse et du carré inverse de la distance est purement descriptif : le mécanisme nous échappe. Ceci illustre le fait qu’en matière de science, même si c’est désagréable à entendre, nous croyons savoir bien plus que nous ne savons car ce qui se peut désigner comme savoir ne saurait satisfaire nos attentes... d’explications.

Nous avons besoin de croire, c’est-à-dire, de nous penser en relation avec la réalité plutôt qu’avec l’illusion. Sous ce rapport, la science n’a fait que succéder à la religion : les scientistes sont les fidèles (ceux qui ont la foi) de la science : ils croient en la science, ils croient en la raison, ils croient ne pas croire, ils croient savoir, mais ils croient, quoi qu’il en soit, peu importe ce qu’ils prétendent « savoir ».

La position défendue ici est donc que croire en une réalité est un besoin tellement fondamental de l’humain qu’il fait feu de tout bois et se satisfait même volontiers des démarches qui pensent pourtant se tenir hors de l’espace de la croyance.

Le distinguo croyance / savoir est juste une coquetterie, une prétention illégitime qui se sert de la différence manifeste entre un point de vue individuel et un consensus scientifique pour donner accroire que ce dernier mène au-delà la croyance.

Encore une fois, cela n’est pas possible car vouloir connaître la réalité ne veut rien dire d’autre que vouloir croire en quelque chose, c’est-à-dire, chercher à sortir de l’incertitude, en finir avec le doute et, surtout, le sentiment d’insécurité qui l’accompagne.

La science est tout au plus une activité méthodique et collective de dégagement de ce qui vaut la peine d’être cru. Appeler cela un « savoir » c’est simplement jouer sur les mots : il s’agit toujours de quelque chose en quoi nous pouvons « croire ».


Pour le dire autrement et d’une manière qui semblera presque tautologique tellement cela paraît évident : ce en quoi nous ne pouvons pas croire n’a aucun intérêt. N’a de valeur que ce qui est « crédible ».

Le savoir, précisément est crédible, on peut y croire. Un savoir auquel on ne croit pas est sans valeur, il est vain et ce n’est donc pas un savoir à proprement parler.

La prétention de la science (tue par les scientifiques, assumées par les scientistes) est de nous dire ce en quoi nous devrions croire. Le scientifique, supposément désintéressé, est censé être le prêtre « digne de foi » de cette quasi-religion.

Sous ce rapport, il est très clair que Ron Hubbard, fondateur de l’Eglise de Scientologie, n’a rien inventé. Il n’a fait que baptiser et assumer un schéma toujours-déjà présent au cœur même de l’activité scientifique.
Les scientifiques en blouse blanche sont à l’opposé et donc tout à fait semblables aux prêtres en robe noire : les uns et les autres se retrouvent pareillement dans la posture consistant à pointer « la Réalité » pour satisfaire les attentes du bon peuple qui ne demande qu’à croire.

Trois points peuvent illustrer cette similitude entre science et religion.

Le dogmatisme des sciences et de leur enseignement

Nous ne le savons que trop, à l’instar des religieux, les scientifiques peuvent aussi faire preuve de dogmatisme.
Si les chercheurs étaient seulement dans la quête de la vérité (supposément scientifique), ils se précipiteraient sur ce qui contredit leurs modèles, ils se hâteraient de reconnaître leurs erreurs, ils seraient heureux de voir leurs hypothèses et théories mises à mal ou à bas puisque ce serait pour eux le moyen d’apprendre quelque chose de nouveau.

Mais ceci est loin, très loin d’être le cas. De manière générale, les scientifiques défendent leurs conceptions mordicus et tentent donc, pour la plupart, d’en faire un dogme qui ne dit pas son nom, c’est-à-dire, quelque chose qui les rend sourds et aveugles aux verdicts de l’ « Expérience », quelque chose qu’ils renâclent à soumettre à la « Réalité », quelque chose qui, donc, en terme scientifique, relève de la croyance et non plus du savoir. CQFD.

Songeons au pauvre Wegener, géographe de son état, qui s’est fait recevoir comme un malpropre par la communauté des géologues. Ces derniers croyaient bien trop à leurs dogmes fixistes pour consentir à l’idée d’une dérive des continents. Après quarante années de traversée du désert, cette vérité méconnue autant que méprisée est enfin entrée dans la terre promise de la Science : le consensus. Elle est à présent tenue pour une réalité. C’est donc un savoir auquel nous pouvons (devons ?) croire ;-).

Ce dogmatisme est, comme le gaz, présent à tous les étages de la science et, en particulier, au rez-de-chaussée, dans les manuels scolaires, véritables missels de la doxa scientifique.

On nous dira que les « leçons de choses » ne visent pas tant l’acquisition de connaissances que l’éveil à la démarche expérimentale qui permet de développer l’indépendance d’esprit et la capacité de raisonnement et de réflexion critique. Si c’était le cas, pourquoi les scientifiques en herbe ne font-ils généralement que « reproduire » et donc mimer ce qui a déjà été fait ?

Ne sont-ils pas à l’école avant tout pour suivre les voies didactiques tracées pour eux et ne surtout pas poser des questions dérangeantes qui feraient apparaître les limites de la connaissance du « maître » et obligeraient ce dernier à sortir de la position dogmatique qu’il affectionne tant ? Qu’ils s’éloignent un tant soit peu de cette ligne de conduite et ils se feront vite rappeler à l’ordre !

Il en va de même en science et ce sera notre deuxième point...

La chasse aux dissidents

Le désir bien naturel des scientifiques étant de voir la position qu’ils défendent devenir dominante, il n’est pas rare qu’il soit à l’origine de tendances dogmatiques affirmées, en particulier, par un effort, parfois acharné pour affaiblir les opposants par tous les moyens à disposition et donc, bien au-delà du seul champ de l’argumentation.

La chasse au dissidents est donc une activité coutumière en science : ceux qui ne croient pas dans la doctrine officielle — celle qui a « pignon sur rue » ET un accès privilégié aux financements publics ou privés — se retrouvent assez rapidement sans le sous et, carrément, mis au ban.

L’histoire des sciences regorge de chercheurs maudits dont les idées auraient mérité d’accéder au débat scientifique mais qui en ont été empêchés de toutes les manières possibles. C’est tellement banal, nous y sommes tellement habitués que nous peinons à saisir à quel point nous nous trouvons là en complète contradiction avec l’idée d’une rationalité scientifique adossée, par principe, à un débat qui se doit d’être contradictoire.

Cela nous ne le savons que trop et je ne m’y attarde donc pas. Les commentaires j’imagine (et je l’espère) fourmillerons d’exemples plus sidérants les uns que les autres [1]. Ce qui importe à présent, c’est de prendre la mesure de ce fait, c’est-à-dire... d’en faire sens et d’y croire, suffisamment pour en tirer les conséquences, dont la première est de reconnaître la nature dogmatique (donc basée sur la croyance) de la science telle qu’elle se pratique en général.

Stratégie de l’autruche

Le dernier point à considérer découle lui aussi de cette volonté de puissance et concerne le fait que la science, pour continuer à croire et faire croire en son pouvoir d’accès au réel, se garde bien d’aller regarder de trop près ce qui va la mettre en échec.

On peut penser, d’une part, aux phénomènes dits surnaturels dont, pour certains, les constats abondent, sauf que pour LA science, bien sûr, il ne s’agit pas de preuves.

De mon point de vue, a) les phénomènes de conscience extracorporelle (avec cerveau sans activité, cliniquement mort ou simplement à distance ) comme b) les cadavres intacts, non putréfiés, de croyants, saints ou autres, dont des médecins ont pu attester constituent des exemples très convaincants.
Le fait que LA Science les ait fui comme la peste, de peur, peut-être, que le public ne soit porté à... y croire et prenne ainsi conscience de ses limites face à l’inexplicable me paraît, en soi, très probant de son caractère fondamentalement dogmatique et donc de la croyance qui s’y attache et que l’on entend préserver.

Malgré tout, des chercheurs, généralement à l’étranger, peuvent parfois s’intéresser à des phénomènes paranormaux, mais tout se passe comme si ils n’avaient, au final, d’autre choix que de conclure à leur inanité. Ne risquent-ils pas de passer pour des dissidents, des doux dingues, des « défroqués » de la Science ? Il n’est donc pas rare non plus qu’ils taisent purement et simplement leurs découvertes [2].
Didier van Cauwelaert qui a récemment publié un formidable Dictionnaire de l’Impossible voudrait penser que les choses sont en train de changer [3] et que la science « de l’impossible » va accéder à une sorte de reconnaissance officielle.

Pour ma part, je ne le crois pas. Même si ses livres peuvent sembler faire exception, la vulgarisation scientifique m’apparaît de plus en plus comme une propagande véhiculée par des médias adossés à des grands groupes ou des lobbies comme « Big Pharma », ceux-là même qui financent de plus en plus les recherches biaisées dont ils ont besoin. Il est vain d’espérer que la science marginale se retrouve dans les manuels scolaires ou seulement dans des émissions à caractère scientifique. C’est seulement les reportages à sensation qui les mettront sous les feux de la rampe. Mais cela restera du spectacle, pour longtemps encore.

D’autre part, toujours sous le rapport de la stratégie de l’autruche qu’adoptent en général les milieux scientifiques, on ne peut pas ne pas citer « L’illusion de la science  » (The Science Delusion)[4] le récent ouvrage de Rupert Sheldrake dans lequel il évoque les quasi-mythes de la science que l’on a sacralisés. Prenant l’exemple ahurissant des fameuses « constantes universelles » de la physique, Sheldrake nous rappelle que rien n’est venu prouver leur nature de « constante » et qu’on peut parfaitement imaginer qu’elles soient variables au cours du temps et/ou de l’espace. Nous avons donc là un superbe exemple de la très pieuse foi avec laquelle nous recevons le prétendu savoir scientifique. En généralisant, nous pourrions dire que tous les postulats de la science sont des croyances, en tant que, précisément, ils sont posés et non pas le résultat d’une « démonstration. »

Deux citations me semblent ici à propos :
« [William] James peut sembler évidemment marquer un point important lorsqu'il souligne que les scientifiques ont aussi leurs articles de foi et qu'ils se comportent de façon arbitraire quand ils essaient de faire reconnaître les convictions de nature religieuse dont ils ont besoin pour la pratique de la science comme étant les seules qui soient légitimes : « ils disent qu'elle [la foi] n'est légitime que quand elle est utilisée dans l'intérêt d'une proposition particulière - à savoir la proposition selon laquelle le cours de la nature est uniforme. Que la nature suivra demain les mêmes lois qu'elle suit aujourd'hui, est, admettent-ils tous, une vérité qu'aucun homme ne peut connaître ; mais dans l'intérêt de la connaissance aussi bien que de l'action nous devons la postuler ou l'assumer. » »
Jacques Bouveresse (cité in Croyance)

« La Science est avant tout un système organisé de croyance, a priori nullement supérieur aux autres. »
Jean-Pierre Petit

Nous sommes des croyants, nous l’avons toujours été et nous le resterons. Comme disent les anglo-saxons : « There Is No Alternative » (TINA).

Conclusion

En toute (épistémo)logique donc, la réalité, telle que nous la concevons dans l’Occident moderne et sécularisé, ne nous est pas accessible. Il faut y insister : nous ne pouvons avoir à son sujet que des croyances. Nous pouvons toujours appeler « savoir » celles qui résultent d’une démarche collective, méthodique respectant les canons actuels de la science, mais il s’agira toujours de croyances puisque rien ne nous assure que nous verrons encore les choses ainsi dans un mois, un an ou un siècle.
Parmi ces croyances, la première qu’entretient celui qui croit en la Science est que cette dernière peut le mettre en lien direct avec « la réalité » pour, en somme, la lui dévoiler.

Seul le scientifique correctement formé à l’épistémologie se trouve sans aucune certitude quant à ce qu’il en est du réel. Constamment habité par un doute cartésien absolu, il se trouve réduit à croire seulement en l’authenticité de ses sensations élémentaires et de ses mesures.

Si tant est que de tels « positivistes » [5] aient jamais réellement existés [6], il est clair qu’on n'en a pas vu de spécimen depuis longtemps. La plupart des scientifiques sont férocement croyants en la réalité de la réalité qu’ils ont pourtant « construite », tout en pensant l’avoir seulement « découverte ».


« La nature se dévoilant à la Science  » (Louis Ernest Barrias) [7]

Bref, l’immense majorité des scientifiques sont des scientistes (qui souvent s’ignorent comme tels), ce qui veut dire qu’ils sont autant dans la croyance que « le croyant » au sens traditionnel, religieux, du terme.

Dès lors, nul n’a de leçon à donner à quiconque et nous pourrions tous coopérer à la compréhension de la situation humaine sans condescendance ou ostracisme.

Mais encore faudrait-il qu’un espace de dialogue soit reconnu de part et d’autre. Pour ce que j’en sais, l’Eglise a admis la légitimité de la pensée scientifique dans le domaine que cette dernière s’est elle-même assigné. Par contre, à ma connaissance, la Science est toujours à nier « officiellement » la légitimité d’une réflexion qui sortirait de son domaine ou qui, pire, y viendrait en parlant d’ailleurs, en parlant depuis le fond sacré, religieux d’où l’humanité a émergé et dont elle n’est, heureusement, jamais sortie.

Je dis « heureusement » car, ainsi que le montrent à l’envi les œuvres de science-fiction, les utopies scientistes sont toujours des dystopies : l’Homme y est perdu, l’Homme s’y est perdu.

Essayons d’éviter ça, dialoguons !


[1] Les impatients peuvent déjà suivre les pistes médicales : Beljanski, vaccins, sida, etc.
[2] Il semble que ce soit la mésaventure arrivée à un adepte du prânisme (pratique qui consiste à se nourrir seulement de prâna, donc à se passer de boire et de manger (sic) qui s’était offert comme « cobaye » à un laboratoire en espérant contribuer à la reconnaissance de ce « phénomène » surnaturel). Voir à ce sujet l’excellent film « Lumière  » de Peter Straubinger (qui a été disponible en ligne mais ne l’est plus actuellement) ainsi que le numéro d’octobre-novembre 2013 de l’excellente revue Nexus.
[3] Je recommande vivement d’écouter ce remarquable entretien de Didier van Cawelaert sur France Info
[4] Cette référence que je découvre à l’instant comporte un minuscule résumé dont la première ligne dit très exactement ce que je tente de dire avec cet article : « l’illusion scientifique c’est de croire que la science comprend déjà la nature de la réalité »
[5] Terme qui désigne ceux qui — pire que Saint Thomas qui ne croyait que ce qu’il voyait — ne croient que leurs sensations et leurs appareils de mesure.
[6] Au sens où ils resteraient positivistes même dans leur vie quotidienne.
[7] Lorsque j’étudiais à Paris V et qu’il m’arrivait de me trouver face à cette statue, j’étais à chaque fois séduit et amusé par la puissance suggestive de l’idéal de la Science ainsi véhiculé. Ah que la Nature est aimable lorsqu’elle se soumet à notre volonté ;-) !

* Cet article  a été récemment publié sur le site de "journalisme citoyen" Agoravox.

dimanche 10 novembre 2013

Sur le péché comme dette


Alors que je me désespérais de tant tarder à revenir sur ce blog, un ami m'en a offert l'occasion avec ce message :
"Marion Sigaud (proche d'Egalité et Réconciliation), qui était à la soirée des Citoyens Constituants, nous a appris au bistro où nous étions après avec Étienne Chouard, que dans le "Notre Père" qui fait ton pain quotidien spirituel, que "Pardonne-nous nos offenses" est une traduction erronée, et qu'en fait c'est "Délivre-nous de nos dettes".
J'ai trouvé:
http://www.pierredelauzun.com/Le-Notre-Pere-offenses-a-pardonner.html

 La chose m'importe car depuis deux ou trois ans, je réfléchis  à l'hypothèse d'une origine sacrificielle de  la monnaie (cf. le livre girardien d'Aglietta & Orléan "La violence de la monnaie") et la question de la dette y est cardinale.

Il y a, en effet, toutes raisons de penser que la dette a existé bien avant ce que nous reconnaissons comme monnaie et qu'elle en a constitué le terreau.

La forme la plus archaïque de la dette pourrait avoir été celle des sacrifices auquels les humains s'adonnaient dans leurs pratiques religieuses (il semble que les temples mésopotamiens étaient de véritables entrepôts dans lesquelles les scribes tenaient des comptabilités très précises des marchandises apportées pour les sacrifices et qu'ils étaient (si  j'ai bien compris) susceptibles de prêter ! Le blé, l'orge, le bétail a pu, ainsi, faire, dès les origines, office de monnaie).

Je suis encore bien loin d'un tableau cohérent sur la question, mais l'excellent livre de David Graeber "Debt: the first 5000 years" m'a néanmoins permis de faire quelques liens assez renversants pour le complet naïf que j'étais en la matière.

Faire de la dette un des liens primordiaux des humains avec le Ciel et entre eux est en effet terriblement éclairant sur les mots que nous employons régulièrement sans plus entendre leur charge de signification.
Outre offense qui peut se traduire par dette, on doit noter que  la notion de rédemption est aussi une boîte de Pandore qui ouvre sur la dette. En droit, le rédempteur est celui qui rachète la dette. Remplacez dette par péché et vous comprenez pourquoi le Christ est rédempteur : il redime, c'est-à-dire qu'il "rachète une obligation par le versement d'une contribution" (cf. le CNRTL).

Même si on l'entendait comme simplement métaphorique, ce vocabulaire "marchand" pourrait surprendre voire choquer dès lors qu'on se tient là dans le saint des saints de la foi chrétienne, à savoir le rachat du genre humain par le sacrifice du Christ. Il n'est pourtant ni métaphorique ni, bien sûr, hors de propos.
C'est au sens littéral que nous avons à comprendre la notion de rachat et Graeber le démontre avec un fait tout simple et tellement éloquent : la première évocation historique de la "liberté" s'est faite dans le contexte du "rachat" généralisé des dettes privées régulièrement décrété par les premiers rois de Mésopotamie (cf. le chapitre 3 du livre de Graeber disponible ici). Ainsi, amargi le plus ancien mot de tous les langages humains qui veut dire "liberté" a la signification littérale de "retour à la mère", sous entendu des filles et fils placés en esclavage (en gage et remboursement des dettes des parents).

Bon, restons en là pour le moment et revenons à la question du péché.
Je l'aborde dans la réponse au mèl de mon ami que j'ai fait ensuite circuler autour de moi.
La voici ci-dessous verbatim, et comme il faut savoir  faire court, je m'en tiendrai là pour aujourd'hui.
                                                    
                                                  *      *       *
Je connaissais ça depuis que j'ai lu David Garber et Richard Seaford sur l'origine de la monnaie et sur l'antériorité de la dette sur toute monnaie parce qu'elle est toujours déjà ancrée dans le sacrifice, donc le religieux.
La vision de Lauzun [cf. le lien donné dans la citation initiale] me paraît correcte sur l'essentiel mais je la trouve bien courte.
A mon sens, il ne va pas au  fond des choses, disons qu'il ne parvient pas à les poser.

En très bref, tel que je le comprends, dans le contexte de la religion chrétienne, il nous est avant tout demandé de reconnaître (vois le lien avec l'assimilation) tout ce que nous avons reçu et, partant, d'être pleins de gratitude.
C'est comme cela que,  je crois, on doit comprendre l'impératif (paradoxal) du "tu aimeras ton Dieu...".
Là est notre devoir : la mise en acte de la loi de réciprocité (mimétique toujours) qui nous fait devoir de donner ce que nous pouvons donner en retour et qui est, pour le strict minimum, une reconnaissance (de dette), donc une (conscience) attention à ce qui nous a été donné d'où (tout naturellement, comme chez les enfants) naît une gratitude (amour) pour celui qui est à l'origine du don.

Ce que Lauzun décrit assez bien mais sans savoir ce qu'il dit c'est ce cercle vertueux  de la gratitude (donc la foi (le crédit) dans la réalité des bienfaits reçus comme dons et donc dans la réalité d'un donneur) qui, prophétie auto-réalisatrice ou réaction circulaire oblige, amène toujours davantage de bienfaits (grâces) (cf. l'effet  Mathieu).

Ceux qui, comme les pharisiens, prétendent s'acquitter de leur dette par une scrupuleuse comptabilité sont dans l'erreur, dans l'hubris de la prétention à l'indépendance affirmée par le refus de reconnaître le  caractère complètement non "remboursable" des dons qui nous sont fait par et dans la vie. Ils prétendent donc se dispenser du devoir d'aimer Dieu. Là est, je crois, la faute absolue.

Nous pouvons terminer sur ce point : le péché originel peut se comprendre non comme culpabilité originelle mais  comme état de récipiendaire d'un don à tout jamais non remboursable qui, si nous savons le reconnaître (et nous devons le reconnaître) doit nous placer en état de gratitude (amour premier, fondamental, celui de l'enfant pour ses parents, la fameuse "reconnaissance du ventre") éternelle vis-à-vis du  donneur.

Il faudrait que  je fasse un article agoravox sur  le sujet je crois.
Qu'en penses-tu ?